Le cadeau empoisonné
Les cadeaux, c’est du travail que l’on nous impose
Globalement, il y a deux sortes de cadeaux : ceux qu’on aime et ceux qu’on n’aime pas.
Pour ceux qu’on aime, c’est facile, il n’y a pas de problème, on les accepte volontiers. Notons qu’on peut les diviser en deux catégories : ceux qui sont souhaités (dont on a émis le souhait de les avoir avec une phrase du type « tiens, j’aimerais bien avoir ça pour mon anniversaire ! » ou alors carrément ceux qu’on a commandés ou achetés exprès pour l’occasion. Pas d’effet réel de surprise ici.
Une autre catégorie de cadeaux qui fait plaisir est la surprise totale, et qui nous correspond : la personne qui offre nous connaît suffisamment bien pour faire mouche et offrir quelque chose qui fait plaisir mais à laquelle on ne s’attend pas : c’est le cadeau parfait. On va alors l’accepter sans aucune difficulté, s’en servir, le montrer…
Toutefois, il y a des cadeaux auxquels on ne s’attend pas, et qui parfois nous donnent du fil à retordre.
Si ces cadeaux ne nous correspondent pas, ne nous vont pas bien, ne s’accommodent ni avec notre caractère ni avec notre manière de vivre, on a aujourd’hui la possibilité de les revendre, chose impensable il y encore vingt ou trente ans. Cela ne se faisait pas, n’était pas dans les mœurs, mais c’est possible de nos jours et cela est presque salvateur.
Par contre, si ces cadeaux nous correspondent un tant soit peu… toute la difficulté est là. Il va falloir les garder et s’en accommoder, alors que ce n’était pas vraiment prévu.
Comment dire à son proche (parent, ami) que ce cadeau nous encombre alors qu’on pourrait très bien l’avoir demandé un an ou deux auparavant ? Oui mais :
– entre-temps je m’en suis acheté un
– je n’ai pas la place pour ça
– je n’en ai plus l’utilité
– c’est bien mais l’entretien est cher
– Ce n’est pas le moment
Etc, etc.
C’est ce qu’on appelle un cadeau empoisonné.
Imaginez, pour grossir le trait, qu’on vous offre une Ferrari, mais que vous n’ayez pas le budget pour faire un plein d’essence par semaine : vous êtes contents de posséder une belle voiture, de pouvoir conduire avec une certaine sensation de vitesse, de pouvoir épater tout le monde etc. mais en contrepartie vous devez faire le plein plus souvent et payer une assurance qui va vous coûter beaucoup plus cher que ce que vous avez aujourd’hui, et… ça n’était pas prévu !
Aussi, recevoir un cadeau, et l’accepter, revêt une part très personnelle : en effet, puisqu’il DOIT nous convenir. Ce n’est pas un acte simple que d’accepter ce que l’autre désire pour nous, même si on n’y avait pas pensé, ou qu’on ne voyait pas les choses comme ça. Ça pourrait ressembler à certaines épreuves de la vie, également.
On va là vers des notions d’individualisme voire d’égoïsme, que ce soit pour l’un ou l’autre : le receveur se doit d’accepter ce que le donneur pense être bien pour lui. En ce sens le receveur est passif. Le donateur se pose-t-il en dominateur pour autant ?